20130929BlueJasmine

 

Pour y être allé cet été, San Francisco est bourré de homeless qui vivent plusieurs vies simultanément. Ils sont là et ailleurs en même temps, vous interpellant comme si vous étiez vous-mêmes un reflet de leur passé.

De même, Jasmine à San Francisco est également Jasmine à New-York, avant la chute, avant le Xanax, avant les cuites au Martini Rosso. Dans la rue, en pleine fête, Jasmine dialogue avec les fantômes qui sont dans sa tête, revivant le temps de l’opulence, de la bourgeoisie, d’une vie vitrifiée à Martha’s vineyard et sur Park Avenue. Jasmine, en même temps que d’être le personnage d’un film de Woody Allen, emblématique de son cinéma - comme Annie Hall, ou l’autre femme, ou les sisters d’Hanna, ou Alice - est aussi ce que le film suggère : un homeless potentiel.

SF n’est pas seulement la ville où « si vous ne trouvez pas l’amour, vous ne le trouverez nulle part ailleurs. », c’est une ville tellurique, qui monte, qui descend, qui s’éventre, et qui accueille dans ses failles les clivés et les borderline. Aussi, on échappe aux sempiternelles séquences alleniennes où la ville est filmée comme une carte postale, alignant ses symboles touristiques sur fond de jazz années folles – New-York, Paris, Londres, Rome : l’enfilade des clichés est une des limites basses du cinéma de Woody. Bien sûr, dans Blue Jasmine, il y a quelques vues sur le Golden Gate Bridge, Chinatown et Alcatraz, mais pas d’abus, pas d’excès d’exotisme.

Ainsi, SF fait corps avec l’histoire de Jasmine bien plus que les villes-décor citées plus haut. D’une certaine façon, Jasmine et sa dégringolade, dramatique et poignante, sont une explication possible de l’âme, so foggy, so bluesy, du San Francisco d’aujourd’hui.